
La Corée du Sud affiche la plus forte densité de robots industriels au monde, mais son industrie robotique obtient seulement 72,9 points de compétitivité en 2025, selon le KIET. L’institut identifie cinq priorités pour renforcer sa filière nationale.
Le Korea Institute for Industrial Economics & Trade (KIET) met en évidence un décalage entre l’utilisation intensive des robots dans les usines sud-coréennes et la capacité du pays à développer une industrie robotique compétitive. Dans son rapport consacré à la reconfiguration de la concurrence mondiale, l’institut estime que la compétition ne repose plus uniquement sur les performances et les prix des machines, mais sur la maîtrise des composants, des logiciels, de l’intelligence artificielle, des données industrielles et de la production à grande échelle.
La Corée du Sud obtient 72,9 points de compétitivité industrielle en 2025
Selon une enquête menée auprès d’experts par le KIET, la compétitivité globale de l’industrie sud-coréenne des robots industriels atteint 72,9 points en 2025, soit le score le plus faible parmi les six pays étudiés.
Le principal point faible concerne l’approvisionnement en composants et en logiciels, avec un score de 64,0 points. Ce segment constitue, selon l’institut, le maillon le plus fragile de la chaîne de valeur robotique nationale.
Le contraste est marqué avec l’utilisation des robots dans les usines. La Corée du Sud occupe la première place mondiale pour la densité robotique, avec 1 066 robots pour 10 000 travailleurs du secteur manufacturier. Elle se classe également au quatrième rang mondial pour les nouvelles ventes de robots industriels.
Le KIET souligne que la Chine a dépassé la Corée du Sud en matière de compétitivité industrielle robotique en 2023 et continue de creuser l’écart, notamment grâce à son marché intérieur, à ses capacités de fabrication et à l’intégration de technologies nationales.
Une industrie nationale composée à 97,9 % de PME
La structure du secteur sud-coréen constitue un autre enjeu. Selon les données présentées par le KIET, le pays comptait 2 509 entreprises de robotique en 2024, dont 97,9 % de petites et moyennes entreprises.
Seules 3,2 % de ces entreprises réalisaient un chiffre d’affaires annuel lié à la robotique d’au moins 10 milliards de wons. Cette répartition limite, selon l’institut, la capacité du secteur à financer durablement la recherche et développement, à organiser une production de masse et à conquérir les marchés internationaux.
Le KIET préconise donc de renforcer les liens entre les grands groupes industriels, les fabricants spécialisés, les fournisseurs de composants et les entreprises utilisatrices. L’objectif est de transformer l’expérience accumulée dans les usines sud-coréennes en technologies, produits et capacités de production développés localement.
Le marché mondial pourrait atteindre 806 000 nouvelles ventes en 2029
Cette analyse intervient dans un contexte de croissance du marché mondial des robots industriels. Selon les chiffres présentés dans le rapport, 603 307 robots industriels ont été vendus dans le monde en 2025, un niveau qualifié de record historique.
La Fédération internationale de robotique (IFR) prévoit environ 806 000 nouvelles ventes mondiales de robots industriels en 2029, d’après les prévisions reprises par le KIET.
La demande reste fortement concentrée. En 2025, cinq pays (la Chine, les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et l’Allemagne) représentaient ensemble 80,2 % des nouvelles ventes mondiales. La Chine concentrait à elle seule 58,7 % de ce marché.
Pour le KIET, cette concentration favorise les pays capables d’associer un marché intérieur important, une base industrielle solide et des chaînes d’approvisionnement intégrées. Le développement de l’IA physique renforce également l’importance des logiciels intelligents, des données collectées en usine et des capacités d’expérimentation.
Cinq priorités pour renforcer la robotique sud-coréenne
Le KIET recommande de réorienter la politique industrielle sud-coréenne. Plutôt que de privilégier uniquement l’installation de nouveaux robots, l’institut propose de développer les capacités technologiques et commerciales des entreprises nationales autour de cinq axes :
- Maîtriser trois familles de composants stratégiques : les actionneurs, les mains robotiques et les capteurs, identifiés comme des points de fragilité technologique.
- Mutualiser les données industrielles : créer des infrastructures permettant de collecter, conserver et partager les données issues des sites de production.
- Multiplier les expérimentations en conditions industrielles : travailler avec les entreprises utilisatrices pour évaluer les performances des robots et leur viabilité économique.
- Accompagner la production de masse : soutenir la croissance des fabricants spécialisés, leurs capacités industrielles et l’obtention de références commerciales auprès des clients.
- Développer des offres intégrées à l’exportation : associer composants essentiels, intelligence artificielle et solutions robotiques pour accéder aux chaînes d’approvisionnement mondiales.
L’IA physique et les chaînes d’approvisionnement deviennent des enjeux industriels
Le rapport décrit une transformation des critères de concurrence. La qualité d’un robot industriel ne dépend plus seulement de ses performances techniques ou de son prix d’achat. La disponibilité des composants, la fiabilité des logiciels, l’accès aux données et la capacité à fabriquer en volume prennent une importance croissante.
Dans ce contexte, le KIET considère que les investissements des grandes entreprises et les politiques publiques consacrées à l’IA physique doivent également bénéficier aux fabricants nationaux spécialisés. Il recommande de construire des relations industrielles durables entre fournisseurs, développeurs de logiciels, intégrateurs et utilisateurs finaux.
L’institut insiste notamment sur la nécessité de relier les essais réalisés dans les usines à la commercialisation des solutions robotiques. Les entreprises spécialisées pourraient ainsi exploiter les résultats des expérimentations pour améliorer leurs produits, augmenter leurs volumes de fabrication et obtenir des commandes à l’international.
Le KIET préconise enfin une stratégie d’exportation fondée sur des solutions complètes associant matériel robotique, logiciels et intelligence artificielle, plutôt que sur la vente isolée de composants ou de machines.