Robotique humanoïde : environ 13 000 unités produites à ce jour, estime Nicolas Halftermeyer

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Robots humanoïdes alignés dans une usine de fabrication moderne et lumineuse
Robots humanoïdes alignés dans une usine de fabrication moderne et lumineuse. © Robotique Store

En 2026, l’humanoïde quitte le statut d’objet de salon. Nicolas Halftermeyer, passé par la direction marketing de Parrot puis par Aldebaran, avance un chiffre dans le numéro de Perspectives de FrenchWeb : environ 13 000 robots humanoïdes auraient été produits, selon son estimation. Des machines qu’il décrit comme de « vrais humanoïdes », « de notre taille », « avec deux mains ». Un volume faible face aux chaînes asiatiques, mais qui change la catégorie du produit.

Pour mesurer l’échelle, il rappelle les ordres de grandeur du reste du secteur. La robotique industrielle classique installe « 500 000 [robots] installés par an », selon lui. La cobotique, ces robots sortis de leur cage et placés près des opérateurs, avance plus doucement, « peut-être 50 000 par an ». L’humanoïde, lui, servait encore récemment de décor pour « des stands à Las Vegas ou à VivaTech ». Son message tient en une phrase : attendre 2030 pour s’y intéresser serait une erreur.

De la main de Pepper à l’IA embarquée

Halftermeyer rattache son analyse à son parcours. « J’ai eu l’honneur, avec mon boss Henri Seydoux, de lancer les drones au CES Las Vegas en 2010 », dit-il à propos de Parrot. Puis le passage à Aldebaran : « J’ai pris soin des robots Nao et Pepper. » Sur le plateau, il manipule la main de Pepper, « un robot franco-japonais, conçu à Paris, mais évidemment sous commande japonaise de SoftBank ». Le robot coûtait « 20 000 euros », embarquait capteurs 3D, caméra RGB, microphones et haut-parleurs, avec une main « plutôt cool » mais qui « ne pouvait pas vraiment attraper grand-chose » à l’époque.

Dix ans plus tard, le déplacement ne se joue pas sur le design mais sur l’exécution motrice et l’intelligence artificielle embarquée. C’est là, selon lui, que se jouera la prochaine décennie, autour de ce qu’il nomme la Physical AI.

21 développeurs chinois sur 40 au CES

Le CES révèle, pour lui, où va l’effort d’investissement marketing et industriel. Son décompte sur place : « Sur 40 développeurs présents, 21 étaient chinois. » Suivent une « douzaine » de coréens, « un singapourien », « un allemand, un anglais, deux français ». Côté hexagonal, il cite Miroki d’Enchanted Tools et Reachy Mini de Pollen Robotics. Les américains se faisaient discrets : Tesla et Figure, notamment, n’étaient pas présents.

La sécurité en milieu humain reste traitée de façon inégale par les acteurs, selon lui. Quand un humanoïde tombe, « c’est 80 kilos de métal qui tombe sur votre pied ». Il plaide pour des garde-fous solides, une culture de l’arrêt d’urgence et des comportements « responsables » dès lors qu’un robot évolue au contact du public.

Défense et Europe : le temps long

Dans la défense, Halftermeyer observe que les drones ont déjà basculé et que les quadrupèdes d’inspection ont des usages concrets. L’humanoïde, « pas encore ». Les batteries limitent l’autonomie, « une heure, deux heures maximum », auxquelles s’ajoutent les contraintes de terrain et une forte sensibilité aux conditions. Il ne ferme pas la porte pour autant : « Dans 10 ans, est-ce qu’on aura vraiment des robots de combat ? C’est assez probable. »

Sur l’Europe, son constat est moins favorable. Le continent était « très bien positionné » avec Aldebaran et des laboratoires comme le CEA et le CNRS, mais le passage à l’échelle s’y heurte à des obstacles industriels, financiers et réglementaires. Il reproche le manque d’« ouverture des vannes » sur l’expérimentation, à rebours des États-Unis où il dit déjà voir circuler des robotaxis. Parmi les pôles européens, il cite Zurich pour l’ETH et l’EPFL, ainsi que Munich, et appelle à dépasser la lecture nationale : « Il faudra être avec nos amis italiens, espagnols, allemands, et nos amis suisses aussi. » Le mot qu’il répète est celui de coopération opérationnelle, condition pour tenir face aux chinois Ubtech, Agibot et Unitree.

À la World Robot Conference de Pékin, des robots grimpent, jouent au air hockey et distribuent des bonbons