
Renault Group et Wandercraft, une scale-up française, développent ensemble Calvin, un robot humanoïde mobile en cours de test à l’usine de Douai. Le constructeur annonce une dizaine d’exemplaires déployés d’ici fin 2026, puis 350 dans ses usines françaises et espagnoles d’ici fin 2027.
Le point de départ tient en une rencontre. Le 1er octobre 2024, lors d’une conférence R&D de Cap Digital, Laurent Duthoit, présenté par le groupe comme expert en robotique et IA physique chez Renault, entend Jean-Louis Constanza, cofondateur de Wandercraft, annoncer son intention de produire des robots humanoïdes. Le 15 octobre, Duthoit se rend dans les locaux parisiens de Wandercraft. Quelques semaines plus tard, une vingtaine d’ingénieurs de la scale-up visitent l’usine de Douai. Huit mois après ce premier contact, Renault Group annonce une prise de participation dans Wandercraft assortie d’un accord de partenariat. Le groupe revendique une collaboration « 100 % française ».
30 kilos de pneus saisis d’un coup
Actuellement testé à Douai, Calvin attrape des pneus deux par deux, soit environ trente kilos à la fois, selon Renault Group. Le constructeur situe sa charge utile entre 40 et 50 kilos, quand la plupart des robots du marché manipulent, d’après lui, de 3 à 10 kilos. La tâche visée : la manutention de pneus, un effort répétitif que le groupe qualifie de pénible pour un opérateur.
Pour garder l’équilibre, Calvin s’appuie sur un ensemble de capteurs : des centrales inertielles dans chaque membre, des capteurs de force sous les pieds et une caméra RGBD, qui lui permet de percevoir son environnement. Renault Group attribue à l’IA physique cette capacité à percevoir le réel, à s’y adapter et à changer de mission, ce qui distingue Calvin des robots industriels classiques dédiés à une seule tâche.
Un développement calqué sur celui d’une voiture
Les deux entreprises pilotent le robot « comme un système », à la manière du développement d’un véhicule. Renault Group définit les besoins fonctionnels et les cas d’usage, Wandercraft répond sur le plan technique. Le processus progresse par étapes : laboratoires parisiens de Wandercraft, puis centre d’innovation de Flins où l’atelier des roues de Douai a été recréé, enfin l’usine. Des réunions hebdomadaires d’ajustement portent sur des points concrets comme la hauteur de la caméra, la longueur des jambes du robot ou le logiciel.
Le groupe rappelle disposer déjà de 11 000 robots industriels six axes répartis dans 23 usines, auxquels s’ajoutent 5 000 AGV, des véhicules à guidage automatique, et 100 AMR, des robots mobiles autonomes de manutention. Chacun de ces robots reste cantonné à une tâche unique.
Renault Group présente ce développement comme une innovation de rupture « maîtrisée », menée de façon progressive. Deux obstacles demeurent, selon le groupe : la robustesse et l’intégration dans un environnement de production à cadence élevée. Le constructeur positionne Calvin comme un complément aux opérateurs, pas un remplacement. Son nom rend hommage à Susan Calvin, la « robopsychologue » imaginée par Isaac Asimov.
